Une espèce tenace

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Jr 17, 5-8 – Ps 1 – 1 Co 15, 12.16-20 – Lc 6, 17.20-26

Messe 6e dimanche du Temps Ordinaire (C)

 

Dans les textes liturgiques de ce dimanche, nous pouvons noter une progression de la première lecture à l’Évangile où la foi dans le Seigneur mort et ressuscité procure de la joie ainsi que du bonheur : deux caractéristiques fondamentales des chrétiens qui font d’eux des espèces tenaces.

La symbolique d’une plante (arbre) est mise de l’avant par le prophète Jérémie pour qualifier les humains qui mettent leur foi dans le Seigneur. En parcourant les espèces végétales, on peut voir que celles qui sont dites « tenaces » ont la capacité de s’adapter dans divers milieux et de survivre à certaines conditions rudes (de chaleur ou de froid) comme le romarin[1], la sauge[2], le sureau[3], etc. L’être humain, de la même manière, possède la capacité de s’adapter à divers milieux, la preuve en est que les premiers occupants du Canada avaient trouvé des façons de vivre dans le grand froid. Toutefois, certaines épreuves de la vie peuvent être pour lui très dévastatrices, mais lorsqu’il est enraciné en quelque chose de plus grand, il demeure debout, peu importe les conditions de vie. C’est cela la particularité de la personne croyante chrétienne : une espèce tenace. L’étymologie indique que ce mot tire sa racine du latin, tenax[4], et signifie qui adhère fortement à quelque chose ; qui se maintient, persiste en dépit du temps ou des efforts pour le combattre. En effet, comme le souligne Saint Athanase d’Alexandrie, « Dieu est devenu [humain], pour que l’[humain] devienne Dieu. D’une part le Verbe s’est incarné, d’autre part l’[humain] peut devenir Dieu. »[5] Ainsi, celle ou celui qui met sa foi dans le Seigneur devient une « espèce tenace » qui, comme l’appuie le prophète Jérémie, ne craint ni la chaleur ni le froid, rien de ce qui vient de l’extérieur. Il devient un être intérieur, enraciné en Dieu.

Le Psalmiste, quant à lui, indique le bonheur comme étant la caractéristique de la personne chrétienne qui met sa foi dans le Seigneur. Autrement dit, le chrétien, « une espèce tenace », est heureux parce qu’il trouve sa joie dans la loi Seigneur et la pratique de la justice. Il est comparable à une plante éternelle qui produit du feuillage sans arrêt et en abondance.

Saint Paul, pour sa part, nous dévoile comment être « une espèce tenace » en nous rappelant le fondement de la foi chrétienne : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts… » (1 Co 15, 12). En effet, croire au Christ mort et ressuscité nous enracine en Dieu et constitue notre armure dans les combats physiques et spirituels. Pour les non croyants, cela peut paraître absurde, surtout dans le contexte actuel où plusieurs propositions sont offertes dans le but combler toutes les formes de vides ou de besoins. Dans la situation présente où les choses matérielles ont de plus en plus la primauté, proclamer sa foi au Christ mort et ressuscité fait du croyant ou de la croyante une personne insensée pourtant c’est la vérité qui nous anime, qui nous fait tenir dans ce monde. Voilà pourquoi, comme nous le rappelle saint Paul, « Si le Christ n’est pas ressuscité, [notre] foi est sans valeur… » (1 Co 15, 17). Ainsi, la mort et la résurrection sont indissociables. Cela nous engage donc dès ici-bas en vue de l’au-delà, car c’est croire en la vie éternelle. En ce sens, la personne chrétienne est caractérisée par sa joie, dans la mesure où elle est heureuse en ce monde par anticipation à la vie bienheureuse en présence de la Trinité et de ce fait, elle n’est pas anxieuse quant à ce qui va arriver après la mort : le chrétien est « une espèce tenace » heureuse lorsqu’il trouve sa joie dans le Seigneur mort et ressuscité.

Le Christ, dans l’Évangile de saint Luc, nous donne des moyens concrets pour être comme « une espèce tenace » heureuse au quotidien. Autrement dit, il ne nous indique pas comment être tenace, mais plutôt des sources de bonheur, c’est-à-dire comment être heureux comme chrétienne et chrétien à sa suite. Il propose la simplicité comme source de joie de la vie chrétienne. Il mentionne la faim ou le désir de Dieu, des choses d’en haut comme une urgence de l’heure. Le Christ présente la compassion, c’est-à-dire la communion à la misère humaine, comme une source de joie de la vie chrétienne. Accepter d’être haïs, méprisés ou rejetés à cause de notre statut de chrétien et chrétienne, de notre appartenance au Christ est, selon lui, une source de joie et ne devrait plus être pour nous une surprise ou un objet de scandale dans le contexte actuel de laïcité. Accueillir tout cela avec joie en vue de la vie avenir contribue à faire de nous des hommes et des femmes d’intériorité, enracinés dans le Christ dont rien ne peut dévaster.

© Léandre Syrieix.

[1] Pouvant être cultivé en sol pauvre, résistant à très basse température (– 21ºC) tout comme dans la sècheresse. [2] S’adaptant à tous les types de sol et supportant autant la chaleur que le froid. [3] Se développement dans divers milieux (pauvres, ensoleillés, etc.) et pouvant supporter la chaleur et le froid (jusqu’à – 28ºC). [4] Voir dictionnaire gaffiot, https://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=ten (consulté le 07/02/2019) [5] Mike Aquilina, The Fathers of the Church. 3rd Edition An Introduction to the First Christian Teachers, Huntington (Indiana), Our Sunday Visitor, 2013, p. 156.

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