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Sainte Maria Goretti


Surmontant toute hésitation et toute répugnance, elle renouvela résolument son pardon.

 

Don Temistocle Signori, archiprêtre de Nettuno, de 1882 à 1919.

Oui, répondit-elle. Oui, pour l’amour de Jésus, je lui pardonne, et je veux qu’il vienne lui aussi avec moi dans le Paradis.

Le Père Signori admira en silence ce pardon sublime. La grâce divine avait opéré des merveilles de mysticisme dans l’âme de cette petite fille héroïque.

Non loin de là, dans cette même ville de Nettuno, au premier étage de la gendarmerie, Alessandro subissait aussi un interrogatoire. Mais il se refusait absolument à livrer quelque explication de son crime et répondait obstinément à toutes les questions :

Je ne me souviens pas.

Sans perdre de temps, don Signori disposa la chambre de Maria pour la venue de l’Hôte divin. La nouvelle du pardon accordé au meurtrier s’était vite répandue dans l’hôpital et, à nouveau, les gens entraient et maintenant déposaient des fleurs au pied du lit et sur le lit lui-même. Ils présentaient à Maria des crucifix et des images de la Sainte Vierge que l’enfant baisait avec tendresse et dévotion.

Est-ce vrai, Marietta, lui demandait-on, que tu pardonnes à celui qui t’a tuée

Oui, répondait-elle simplement. J’espère que Dieu lui aussi lui pardonne, parce que moi, je lui ai déjà pardonné. (…)

Puis, rompant un silence impressionnant, elle dit soudain :

Portez-moi plus près de la Sainte Vierge !

Où, Marietta ? demandèrent sœur Aurelia ainsi que d’autres assistants qui ne voyaient personne. Où est la Sainte Vierge ?

Est-il possible que vous ne la voyiez pas ? reprit-elle très surprise. Elle est si belle !… toute lumière, toutes fleurs ! Approchez-moi plus près de la Sainte Vierge !

Assunta revint enfin et entra dans la chambre. La vue des fleurs qui ornaient la pièce et le lit même la toucha au cœur. Tant d’événements consolants s’étaient déroulés en son absence !

Les religieuses s’empressèrent de lui raconter avec quelle ferveur sa fille avait souhaité devenir Enfant de Marie, avec quelle générosité héroïque elle avait pardonné à son assassin et avec quelle piété elle avait reçu la Sainte Communion et l’Extrême- Onction. À ces nouvelles, Assunta fut bouleversée. Une ineffable consolation inonda son cœur maternel. Elle vit, au cou de sa fille, la médaille des Enfants de Marie. Oui, Maria avait toujours été une enfant de Marie, depuis sa consécration à la Vierge lors de son baptême, jusqu’à son dernier jour de vie sur la terre.

« J’avais remarqué plusieurs fois au cours de la journée, rapporta Assunta, que ma petite fille tenait son regard fixé vers le cadre de la Madone, qui était au mur de sa chambre. » (…)

L’aumônier s’approchait de temps en temps de Maria, pour lui suggérer quelques brèves invocations. Mais dévorée par l’excès de ses souffrances qu’aucun allégement n’était venu apaiser depuis vingt-quatre heures, elle perdit bientôt connaissance et commença à délirer.

Son visage prit alors une expression de terreur que sa mère ne lui avait jamais vue, sa voix, un son qu’elle n’avait jamais entendu.

Que vas-tu faire, Alessandro ? s’écria-t-elle. Tu iras en enfer !
Jusque dans son inconscience, son esprit revivait l’instant effroyable de son martyre.

Puis elle ajouta :
– Teresa ! et fixa son regard sur sa mère, sans la reconnaître. La religieuse prit la main de l’enfant et lui dit :
– Teresa n’est pas ici.

Maria laissa retomber sa tête sur l’oreiller et expira aussitôt, calmement. L’aumônier, qui était sorti peu auparavant, entendit des pleurs provenant de la chambre. Il revint vite et s’exclama :

Je n’aurais jamais cru qu’elle allait mourir maintenant !

C’était le dimanche 6 juillet 1902, à 15 h 45, en la fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Notre petite martyre n’avait pas encore atteint ses douze ans. Elle sera béatifiée le 27 avril 1947 et canonisée par le Pape Pie XII, le 24 juin 1950.

 

Petit pavillon où mourut Maria, à Nettuno.

 

LES VOIES SUAVES DE LA MISÉRICORDE DIVINE

Nous allons voir maintenant Assunta compléter en son cœur de chair ce qui manquait à la Passion de Maria. Et ce sont ces deux âmes n’en faisant plus qu’une qui opéreront le miracle de la conversion d’Alessandro.

Ce fut d’abord le pardon prononcé dans la salle d’audience, au terme du procès :
« En ce qui me concerne, Monsieur le président, je lui pardonne du fond du cœur. » Mais il fallut encore qu’Assunta impose ce pardon à la foule exaspérée :
« Et alors, si Jésus-Christ ne vous pardonnait pas non plus ? »

Condamné à la réclusion pour une peine de trente ans, Alessandro fut conduit en Sicile et interné dans le pénitencier de Noto. Peu à peu l’état d’esprit du détenu s’améliora. Mais comment pourrait-il changer radicalement, se convertir et retrouver, par le repentir sincère de son crime, l’amitié de Dieu et de ses frères ? Maria elle-même y veillait. Elle avait son plan de “ vengeance évangélique ”.

Une nuit de l’année 1910, Dieu permit qu’Alessandro eût un songe singulier :

« Ce fut la seule fois où je rêvais de Maria Goretti. Je rêvais que Maria, toute vêtue de blanc, cueillait, dans un jardin où je me trouvais, des lys d’une blancheur éclatante qu’elle m’offrait l’un après l’autre. Lorsqu’elle me les remettait, ils se transformaient en autant de lumignons allumés comme des cierges. Puis elle disparut. »

De son côté, Alessandro, n’était plus le même ; ce songe versa dans son âme le désir d’entrer dans de meilleures dispositions. Il se sentit renouvelé par une impulsion que le portait au bien. Il comprit bientôt que Dieu avait déjà mis tout en œuvre pour le sauver par égard pour le sacrifice de Marietta.

Il demanda publiquement pardon dans une lettre qu’il écrivit à l’initiative de l’évêque de Noto :

« Je regrette doublement le mal commis parce que j’ai conscience d’avoir enlevé la vie à une innocente qui, jusqu’au dernier moment, a voulu maintenir sauf son honneur, se sacrifiant plutôt que de céder à mes volontés. Je déteste publiquement le mal que j’ai fait et j’en demande pardon à Dieu d’abord, et ensuite à cette pauvre famille désolée, et j’ose espérer que, moi aussi, je pourrai obtenir le pardon.»

Dès lors, il accepta sa peine en esprit de pénitence, et de réparation, et quelques années plus tard, il voulut aussi réparer les calomnies proférées contre Maria au tribunal :

« La pauvre petite, elle était innocente comme l’eau et mes calomnies auraient empêché sa canonisation ; c’était comme si je l’avais tuée une seconde fois. »

Alessandro sortit de prison en 1929 et c’est longtemps après, en 1934, qu’il rencontra Assunta chez le curé de Corinaldo dont elle était la servante, et lui demanda pardon pour que son expiation soit véritablement complète…

« Un jour, au cœur de l’hiver 1934, raconte Assunta, on le vit tourner dans les rues du pays, s’asseoir en solitaire sur le petit mur qui entourait le parvis de Saint-Augustin, puis venir à la cure de l’archiprêtre et toquer à la porte. J’allais ouvrir : c’était lui.

Assunta, dit-il, les yeux baissés, me reconnaissez- vous ?

Oui, mon enfant.

Me pardonnez-vous ?

Mon fils, Dieu t’a pardonné, Marietta t’a pardonné… je te pardonne, moi aussi !…

« Et je lui entourai le cou de mes bras…

« Une fois monté dans la maison, il demanda pardon aussi à mes enfants. C’était Noël. Nous allâmes recevoir la Communion ensemble, l’un à côté de l’autre. »

« J’étais heureux, dira Alessandro, il me semblait, après tant de temps écoulé, avoir retrouvé ici sur terre l’affection de ma pauvre maman. »

Comment ne pas penser une nouvelle fois au Christ disant à sa Mère : « Femme, voici ton fils. »

Le cœur miséricordieux d’Assunta s’était « Aucune voix de s’éleva contre Alessandro. L’horreur que beaucoup d’habitants de laissé toucher…

Corinaldo avaient ressentie à la seule évocation de son nom se dissipa comme un mauvais rêve. On avait vu la mère de Maria et l’assassin repenti prier ensemble et s’agenouiller en cette nuit de Noël pour recevoir l’Enfant-Dieu, le Rédempteur du monde. Les cœurs s’étaient embrasés au feu dévorant de l’héroïque charité de Mamma Assunta.

Désormais, Alessandro menant une vie pénitente et obscure à l’ombre d’un monastère, sera comme un enfant, bien simple, mais toujours avec la pensée qu’il n’a pas assez expié sa faute, ne laissant passer aucune occasion de manifester son repentir, à Maria d’abord, dans la prière, et encore dans son Testament spirituel :

« Le 5 mai 1961.

« Je suis vieux, ayant presque quatre-vingts ans et suis proche de ma fin. En regardant le passé, je reconnais que dans ma première jeunesse, j’ai pris une mauvaise route : la route du mal qui m’a conduit à la ruine. Je voyais, à travers la presse, les spectacles et les mauvais exemples, que la majeure partie des jeunes suivaient cette route sans y réfléchir. Et moi non plus, je ne m’en souciais pas.

« J’avais tout près de moi des personnes croyantes et pratiquantes, mais je ne m’en préoccupais pas, aveuglé par une force mauvaise qui me poussait dans la voie du mal.

Alessandro peu avant sa mort, en 1970.

« À l’âge de vingt ans, je commis le crime passionnel dont aujourd’hui je suis horrifié à son seul rappel. Maria Goretti, aujourd’hui sainte Maria Goretti, fut le bon ange que la Providence avait mis sur mes pas. Ses paroles de reproche et de pardon sont encore imprimées   dans mon cœur. Priez pour moi, intercédez pour moi, son assassin.

« Il s’ensuivit trente ans de prison. Si je n’avais pas été mineur, j’aurais été condamné à vie. J’acceptai la sentence méritée et j’expiai ma faute, rasséréné. Maria fut vraiment ma lumière, ma protectrice. Avec son aide, je me conduisis bien et cherchai à vivre honnêtement, quand la société m’a accepté à nouveau comme un de ses membres.

« Les fils de saint François, les frères mineurs des Marches, avec une charité séraphique, m’ont accueilli parmi eux, non comme un serviteur mais comme un frère. Je vis avec eux depuis 1936.

« Et maintenant, j’attends sereinement le moment d’être admis à la vision de Dieu, d’embrasser à nouveau les êtres qui me sont chers, d’être proche de mon ange protecteur et de sa chère maman, Assunta.

« Que ceux qui liront cette lettre de moi veuillent tirer l’heureux enseignement de fuir le mal, de suivre le bien, toujours, depuis l’enfance. Qu’ils pensent que la religion et ses préceptes ne sont pas une chose dont on peut faire l’économie, mais que c’est le vrai réconfort, la seule voie sûre en toutes circonstances, même les plus douloureuses de la vie. Pax et Bonum, la Paix et le Bien ! »

La conversion d’Alessandro par la médiation de Maria et d’Assunta indissociablement, est le chef-d’œuvre de la grâce, de la prière médiatrice, du sacrifice et du pardon. Au pied de la croix, Assunta a véritablement engendré Alessandro une seconde fois, le mot est venu tout naturellement aux lèvres de son enfant :

« J’ai retrouvé l’affection de ma pauvre Maman », comme si Marietta lui disait : « Fils, voici ta mère. »
Et on le voit accourir au chevet d’Assunta mourante, comme le fils qu’il était devenu, et repassant inlassablement les grâces dont il avait été favorisé.

Ce fut précisément le 7 octobre 1954, veille de sa mort, qu’Assunta avait lucidement et pieusement reçu les derniers sacrements et avait communié.

Je veux aller près de Marietta ! avait-elle dit, d’une faible voix.
Et tandis que le jeune prêtre qui l’assistait lui avait renouvelé la sainte absolution, elle avait répété par trois fois, d’une voix toujours faible mais distincte :
– Sainte Maria Goretti, prie pour moi !

Lorsque vous refermerez le livre de sœur Françoise, vous voudrez ajouter : « Bienheureuse Assunta, mère admirable, priez pour nous ! » Et, comprenant enfin la largeur et la profondeur du Cœur de Jésus, nous ajouterons encore : « Alessandro, priez pour nous ! »

Mamma Assunta en prière devant la châsse de sa fille lors de la cérémonie de canonisation, le 24 juin 1950.

 

   

Extraits de Résurrection n° 11, novembre 2001, p. 24-26

 

Prière à Sainte Maria Goretti

 

Sainte Maria Goretti, 


Veuillez demander à Jésus 
de m’accorder 
la grâce d’être pur(e)
 au milieu
des tentations quotidiennes 
qui m’entourent.



Quel qu’en soit le coût, 
permettez-moi d’être toujours 
fidèle à Dieu.

 Amen.

 

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