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La cohérence de l’illogisme de l’Amour


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© campagne-amref

Une connaissance[1] me dit un jour :

Je n’arrive pas à comprendre ce qui t’anime, le moteur de ta vocation, de ta foi ou encore, ce qui fait la profondeur de celle-ci. Je ne suis pas croyant, pourtant j’ai été baptisé et de plus, je ne pense pas que Dieu existe. Nonobstant, s’il existait, je ne comprendrais pas comment il puisse accepter ou concevoir que des hommes et des femmes comme toi décident de s’adonner au « célibat » tel que perçu par l’Église catholique ; qu’ils décident de se priver de recevoir l’amour profond qu’une autre personne leur donnerait dans le cadre d’une vie de couple. J’entends bien que dans le célibat vous prétendez vous donner totalement à votre Dieu aussi bien que vous donnez votre amour à toutes vos ouailles. Certainement, vous devez aussi en recevoir de ces personnes, mais ce n’est pas du même ordre qu’une relation de couple, cela ne possède guère la même force. Donc, vous vous privez, ou devrais-je dire, certains hommes en ont décrété ainsi, c’est-à-dire vos responsables d’Église, et non pas Dieu, car il ne me semble pas que votre Dieu vous parle comme je m’adresse à toi présentement. Par ailleurs, je ne comprends pas qu’une personne raisonnable comme toi puisse croire que Dieu existe, que tu puisses croire en une « idée » au point de lui consacrer ta vie, de te priver de quelque chose de beau. 

Dans ces propos, j’ai retenu de Pauline deux principales idées : (a) sa incompréhension face au « don de soi ou au don de sa vie à Dieu » à travers le célibat pour le Royaume, et (b) la privation de recevoir l’amour privilégié d’une autre personne dans le célibat, notamment l’état clérical. Pauline semble affirmer qu’avoir la foi en Dieu que l’on ne voit pas de manière physique est illogique. En effet, toute personne qui n’a pas la foi considère l’attitude du croyant comme absurde. Ce qui est, de ce point de vue, tout à fait normal dans la mesure où Pauline pose des jugements tout en étant dans une posture extérieure aux choses de la foi. Elle ne peut évidemment pas saisir ce qui anime le croyant parce qu’elle n’est pas elle-même animée ni habitée par le même feu, pourtant il y a toute une logique dans ce qu’elle qualifie d’illogique, du moins, du point de vue de la foi.

Le célibat vécu en toute liberté et par amour est pleinement fécond. Ceci dit, y voir de la privation c’est simplement le réduire à quelque chose de purement matériel ou charnel. En effet, il y a deux dimensions à partir desquelles le célibat est véritablement vécu : matérielle et spirituelle. Ainsi, le réduire à une simple privation n’est qu’un reflet de la pensée de notre époque qui a tendance elle-même, à diminuer l’humain au seul aspect de la matière tout en faisant fi de l’Esprit sans lequel nul n’est véritablement humain dans sa totalité. Le célibat vécu religieusement s’inscrit dans une logique, celle de l’Amour. Mais, cela demeure une fois de plus illogique du point de vue du non-croyant ou du matérialiste[2]. De fait, ne pas saisir la logique du célibat religieux, c’est ne pas percevoir celle de l’Amour, et c’est penser que l’Amour est illogique. Or, l’Amour inconditionnel est ce qui illustre la logique même de l’Amour, la cohérence de l’illogisme du célibat pour le Royaume.

Pour mieux concevoir la logique de l’Amour, quoi de mieux que l’Amour d’une mère pour son enfant ? Autrement dit, ne pas comprendre le don de la vie à travers l’engagement dans le célibat pour le Royaume ce n’est pas connaître l’Amour inconditionnel d’une mère pour son enfant, car les personnes qui vivent le célibat dans la joie sont animées par l’Amour qu’elles portent pour Dieu à qui elles font le don de leur vie, et c’est source de fécondité. Du point de vue du croyant, la personne qui s’engage dans le célibat pour le Royaume ne se prive guère de l’Amour privilégié que pourrait lui procurer une vie de couple. Elle vit ce célibat tout simplement sur un tout autre plan. Ainsi, il n’y a rien à comprendre. Ce n’est point illogique vu que cela s’inscrit dans la logique de l’Amour même.

Finalement, croire que le célibat pour le Royaume ou le don de sa vie à Dieu[3] est illogique, c’est nier l’existence de l’Amour ou affirmer son illogisme. Aussi, c’est dire que l’Amour inconditionnel d’une mère pour son enfant n’est point logique. Vouloir comprendre l’engagement d’une personne dans le célibat pour le Royaume n’est rien d’autre que chercher à l’expliquer. Or, une telle attitude est encore le propre de notre époque qui veut tout expliquer, tout passer au crible de la raison ou de la science. Malheureusement pour notre temps, l’engagement dans le célibat pour le Royaume fait partie des choses qui échappent, qui relèvent de l’ordre du mystère, de la relation intime entre la personne concernée et l’Indicible. Par ailleurs, le mystère dérange de nos jours puisque certaines personnes veulent inlassablement être maitres et possesseurs de tout. Elles veulent tout ramener au savoir, elles désirent tout saisir. Or l’Amour ne peut être saisi, l’Amour échappe, l’Amour demeure un mystère qui ne peut qu’être vécu, qui ne peut qu’être contemplé, qui n’est guère objet de connaissance. Ne pas concevoir l’engagement dans le célibat pour le Royaume, c’est ne pas comprendre l’Amour en tant que tel. En ce sens, qu’est ce qu’il y a à comprendre dans l’Amour d’une mère pour son enfant ? Rien bien évidemment ! Il suffit plutôt d’observer la mère aimer son enfant, de constater comment elle l’aime, d’en prendre acte. Ensuite, il s’agit de faire de même vis-à-vis de la personne engagée dans le célibat pour le Royaume pour essayer de percevoir si possible ce qui l’anime ; ou encore, il s’agit de contempler le croyant dans son vécu afin de sentir le moteur de sa foi. En somme, il n’y a rien à comprendre, car il y a uniquement lieu de constater ce fait qui, loin d’être illogique, est profondément logique : c’est la Splendeur de l’Amour.

© Léandre Syrieix

[1] Pour des questions de respect de la vie privée, nous l’appellerons Pauline.

[2] Entendu comme la personne qui croit qu’il n’y a que la matière (physique) qui existe.

[3] Que Pauline ne considère pas comme un réelle existence ou encore comme une idée pure.

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