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Le Pouvoir du Silence


© Leander Syrieix.

© Leander Syrieix.

L’existence ne peut s’imaginer sans silence dans la mesure où ce silence est comme ce qui crée un équilibre et rend la vie possible. Imaginer une vie dans le bruit infini ou continuel n’a aucun sens. Voilà pourquoi la logique de la vie veut qu’il y ait des temps d’activité et des temps de repos même si l’on n’a plus recours au silence aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, le silence est un passage incontournable. Cela est inscrit dans la dynamique divine, car Dieu a fait silence après l’acte de création et il s’est reposé. Le Christ, son Fils, a fait silence après sa Passion comme nous le rappelle la liturgie du Samedi Saint. Il est descendu aux enfers. Toute l’humanité fut alors plongée dans le calme, dans l’attente du retour de la VIE, de la lumière qui éclaire toutes les nations.

De toute évidence, dans le cycle d’une journée, la nuit est le moment du repos au cours duquel, dans le silence, toute personne normalement constituée refait ses forces. Le lendemain, une nouvelle journée commence et ainsi de suite jusqu’au repos éternel, au silence absolu, c’est-à-dire à la fin de la vie ou la mort. D’autres exemples de la vie courante permettent de mettre en exergue cette place primordiale du silence. En effet, nous avons souvent besoin de faire silence pour réfléchir, pour produire, pour comprendre, pour contempler la VIE et les merveilles de la nature.

En fait, le silence et l’Écoute sont indissociables, car il s’avère impossible d’Écouter dans le bruit. Ainsi, lorsque nous nous adressons à l’autre, nous avons besoin qu’il se taise, qu’il fasse silence pour Écouter ce que nous avons à lui dire. De même, dans une salle de cours, il n’est guère possible d’Écouter l’enseignant si les auditeurs ne font pas silence. Se cache alors derrière le silence une certaine force, une puissance créatrice. Du silence, est capable de surgir la Paix, la quiétude, l’harmonie. Pourquoi ? Parce que c’est le lieu de la rencontre, de la présence de Dieu. Cela explique pourquoi lorsque l’on plonge au plus profond de soi, de son être, dans le silence de ses profondeurs, il y a une rencontre avec l’Être le plus intérieur, Dieu, comme l’a si bien illustré Saint-Augustin dans ses Confessions. Ce n’est donc pas anodin si dans la vie spirituelle il est nécessaire de vivre des temps de désert, des temps de silence qui permettent de s’arrêter et de faire une relecture de sa vie, de prendre acte des traces et de la présence de Dieu.

Le silence transforme de l’intérieur et révèle l’inconnu, l’insaisissable. Il est capable d’ouvrir aux mystères qui sont imperceptibles dans le bruit. C’est d’ailleurs dans le silence que le Christ aimait se retirer à l’écart de tout (Mt 13, 14). Lorsque Dieu demande à Israël d’Écouter (Dt 6, 4), c’est-à-dire de faire silence, c’est pour qu’il puisse percevoir, prendre acte de sa présence, de sa proximité. Toutes les manifestations de la présence de Dieu dans l’histoire de l’humanité ne se sont jamais produites sans silence, puisque cela nécessite toujours une disposition d’Écoute, d’accueil, etc.

Le silence guérit et apaise les douleurs qui ne peuvent être éradiquées dans le bruit. En effet, c’est pendant le cœur à cœur avec Dieu, avec l’Invisible dans le silence que la personne malade est obligée de s’arrêter, de regarder son existence. Et lorsqu’elle se tourne vers le Christ, il vient sans tarder dans la mesure où la maladie la réduite au silence. Par ailleurs, beaucoup de personnes se plaignent, elles font du bruit même dans la maladie, car c’est plus fort qu’elles. En ce sens, le Curé d’Ars indiquait deux façons de souffrir : « Il y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer. Les saints souffraient tout en patience, joie et persévérance, parce qu’ils aimaient. Nous souffrons, nous, avec colère, dépit et lassitude, parce que nous n’aimons pas[1]. » Cela revient donc à souffrir dans le silence, dans l’attente que soit révélée la promesse du Christ de nous visiter dans la maladie, de nous donner lorsque nous lui demandons, etc. (Mt 7, 7)

Le silence nous place dans la contemplation des merveilles de la vie. C’est en contemplant un proche dans le silence que l’on perçoit son mystère, sa beauté. C’est dans le silence et l’attention aux paroles de l’autre que l’on peut se laisser modeler par sa splendeur. C’est dans le silence que l’on peut se laisser transformer par la puissance de la parole de l’autre, que l’on peut laisser naitre en nous ce qui de bon et de beau habite l’autre et qui passe par sa Parole. Le silence est alors un lieu dans lequel quiconque qui y pénètre n’en ressort pas indemne, car il y est soit transformé, soit récréé. C’est un lieu où personne ne peut résister face à sa puissance. Une telle puissance effraye, elle fait peur, elle tétanise au point où certaines personnes ont horreur d’elle. Ces personnes appréhendent traverser ce lieu de transformation où l’on est pourtant façonné par la présence de Dieu, où l’on passe au crible de son amour. Tant que l’on n’a pas fait l’expérience de ce lieu, on croirait traverser un champ de flamme, une grande épreuve. Certes, le silence comme lieu est en apparence un désert, mais dans lequel Dieu est présent, dans lequel nul ne peut être seul ni abandonné à lui-même. Se lancer donc dans le désert avec cette certitude, c’est plonger au cœur du silence, au plus profond de son être, dans son intériorité à la rencontre avec soi et avec l’Au-delà de tout.

Bien que le silence fasse peur, c’est un lieu où se déploient la puissance et la présence de Dieu. Loin de nous engloutir, c’est le lieu où nous sommes face à notre misère humaine et où nous avons la possibilité de choisir un nouveau départ, un recommencement, une nouvelle naissance, une transformation, une recréation. Nous pouvons y balayer notre vie passée et renaître avec le Christ pour roc et berger, avec le ressuscité.

© Léandre Syrieix.

[1] Bernard Nodet, Jean-Marie Vianney Curé d’Ars. Sa pensée – Son coeur, Paris, Cerf, 2000, p. 186.

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