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S’humaniser : Un défi d’actualité


© Leander Syrieix.

© Leander Syrieix.

Habituellement, le verbe Humaniser est employé pour définir l’action de rendre humain quelque chose qui ne l’est pas. C’est par exemple le cas lorsque l’on souhaite humaniser les conditions de travail. L’étymologie de ce terme indique alors qu’il dérive de « humanitas, atis, f., humanus, nature humaine, ensemble des qualités qui font l’homme supérieur à la bête[1]. » Or, nous posons au quotidien des gestes qui vont à l’encontre de la dignité humaine, nous avançons des propos capables de blesser voire de tuer l’autre. Alors, ne serait-il pas légitime de croire que s’humaniser est un défi d’actualité ?

L’actualité nous livre aujourd’hui de nombreux exemples qui indiquent une urgence de s’humaniser. Relevons par exemple la chaîne d’attentats terroristes survenus à travers le monde, la montée de nombreux courants extrémistes de toute sorte qui génèrent de la peur et de la violence envers l’autre, etc. Toutefois, ces faits médiatisés peuvent nous déresponsabiliser et rejeter la faute sur les autres. Pourtant, nous sommes tous concernés au quotidien à travers nos paroles et nos gestes, à travers le concret de nos vies.

En effet, le silence individuel et collectif face à l’injustice, à la violence tant verbale que physique envers les plus faibles, les discriminations de toutes sortes des minorités basées sur le sexe, la race, le statut social, etc., montrent que tous et toutes, nous sommes appelés à nous humaniser davantage. En ce sens, s’humaniser veut dire se reconnaître en l’autre, poser le même regard d’amour sur l’autre que l’on poserait sur soi-même. C’est aussi s’adresser à l’autre comme l’on s’adresserait à soi-même, c’est poser des gestes envers l’autre que l’on poserait envers soi-même. Dans une telle dynamique où l’autre devient soi-même, il est possible de dialoguer, de rechercher ensemble des consensus, de prendre soin de notre « Maison commune », c’est-à-dire de la Terre, avec le même intérêt.

Voilà un programme de vie, un projet possible qui, loin d’être utopique, peut se réaliser dans la pratique. Voilà le programme chrétien qui est au cœur de la célébration de la Cène du Seigneur (Jeudi Saint). En effet, le Christ, après avoir lavé les pieds de ses disciples leur dit : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15) S’humaniser c’est donc, à la suite du Christ, servir l’autre. Mais le servir comme l’on se servirait soi-même. Par ailleurs, le service n’a pas de préférence, il est inconditionnel et tourné vers tous et toutes au-delà de tout type de barrières (sociales, raciales, etc.). S’humaniser c’est aussi partager avec l’autre ce que l’on a comme superflu : « Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre de personnes. » (Ex 12, 4) Autrement dit, s’humaniser c’est partager avec l’autre des biens tant matériels qu’immatériels. Aussi, s’humaniser c’est être solidaire avec l’autre dans toutes ses conditions de vie comme envers soi-même, car « il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! » (Ps 115, 15)

Le Christ, le premier, s’est humanisé à travers des gestes concrets comme sa proximité avec des personnes marginalisées, ses implications sociales et politiques, etc. Il nous a donné un programme pratique pour devenir véritablement humain les uns envers les autres. De toute évidence, il ne suffit pas d’être debout (sur deux jambes) et d’être doté de raison pour être humain. En fait, être humain n’est point possible seul, mais avec l’autre. L’on ne peut donc véritablement être humain qu’en présence de l’autre, en relation, en Alliance. Cela est inscrit dans la genèse même de l’humanité, car nul n’est tombé du néant, mais toute personne arrive dans les bras de ses semblables. Alors, notre humanisation nous presse, car la paix dont le monde a tant besoin aujourd’hui n’est guère possible sans elle, la prise en charge de notre « Maison commune » n’est point possible sans elle.

Le Christ à travers ses paroles et ses gestes, ainsi que sa relation avec ses disciples, s’est humanisé et nous a tracé le chemin pour notre humanisation individuelle et collective. Osons nous reconnaître dans l’autre et l’accueillir comme soi-même afin que nous formions tous et toutes un seul corps, une véritable famille humaine.

©Léandre Syrieix.

[1] Dictionnaire Gaffiot, latin-français (1934), « humanus » [http://www.lexilogos.com/latin/gaffiot.php?q=human] (consulté le 2016-03-23).

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