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Miséricorde, Pardon, Oubli

Jésus Miséricordieux

Jésus Miséricordieux

Du latin Misericordia, la Miséricorde réfère à la compassion, la pitié. En ce sens, être miséricordieux revient à être pris de compassion. Par ailleurs, compassion vient du latin Compassio qui signifie « souffrance commune. » Ceci indique alors que la Miséricorde est la disposition à partager la souffrance de l’autre, à être touché par la souffrance de l’autre. Finalement, la Miséricorde est la porte ou le parvis du Pardon.

La brève évocation de l’étymologie de la Miséricorde indique qu’elle est une attitude qui précède une action, celle du Pardon. De toute évidence, pardonner c’est poser un geste qui est l’aboutissement d’une transformation intérieure, c’est-à-dire de la Miséricorde. Et c’est ce que nous révèle l’histoire du Salut, car c’est parce que Dieu est pris de compassion pour l’humanité dont il décide de pardonner les fautes en la personne de son Fils : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 34) La croix est ainsi révélée comme l’icône de la Miséricorde Divine qui conduit au Pardon. Le Curé d’Ars disait que « La Miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé. Elle entraîne les cœurs sur son passage. » Ce torrent a transcendé les cieux jusqu’à nous à travers l’Incarnation de Jésus-Christ, « Vrai Dieu de Vrai Dieu. » Ce torrent a renversé tout sur son passage, spécialement les conceptions humaines. Et sur la croix, ce torrent a déconcerté les attentes humaines : « Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs cherchent la sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. » (1 Co 1, 22-23) En effet, la Miséricorde de Dieu qui, comme un torrent débordé aboutissant sur la croix, est une folie et un scandale parce qu’elle dépasse l’entendement humain. Le récit du Livre de Jonas au chapitre 4 nous indique que nous ne devons pas nous scandaliser de la Miséricorde du Seigneur (Jo 4, 1-9), car Dieu est plein d’amour et de bonté.

Selon le Curé d’Ars, « Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu. » Cela veut dire qu’elles sont tellement nulles face à la Miséricorde Divine à un tel point qu’elles ne peuvent qu’être oubliées lorsqu’elles sont pardonnées. Alors, soutenir que « pardonner ce n’est pas oublier » n’est pas chrétien parce que cela voudrait dire que Dieu n’oublie jamais notre faute et pourrait nous le rappeler à chaque moment. Pardonner c’est pourtant oublier, c’est tout recommencer comme nous le révèle la résurrection. Le Christ à travers le bois de la croix descend aux enfers libérer l’humanité tenue captive depuis la faute originelle. Ainsi, nous sommes tous pardonnés dans la mesure où Dieu, par ce geste, a oublié notre faute et nous sommes alors devenus une création nouvelle. « Il y en a qui disent : “J’ai trop fait de mal, le Bon Dieu ne peut pas me pardonner”. C’est un gros blasphème. C’est mettre une borne à la Miséricorde de Dieu, et elle n’en a point : elle est infinie[1]. »

Il y en a aussi qui disent : « Je ne peux pas pardonner, car j’ai été profondément blessé… » Cela est tout à fait légitime puisque ces personnes n’ont pas encore vécu la transformation intérieure de la Miséricorde qui conduit à poser le geste du Pardon. Nous ne pouvons pas leur en vouloir, mais il nous appartient de prier pour toutes ces personnes afin que l’Esprit-Saint agisse lui-même en elles, qu’il crée une petite faille à travers laquelle pourra s’infiltrer le feu de son amour qui pourra faire fondre le bloc de glace qui les tient emprisonnés dans la douleur, dans le passé. Les récits des apparitions du Seigneur ne nous disent pas que le Christ a rappelé à ses bourreaux ou à la foule qui l’a mis à mort ses souffrances sur la croix. Mais au contraire, le Christ invite à « Croire ». Aussi, les premières paroles du ressuscité, « La Paix soit avec vous, » (Jn 20, 21) montrent que Dieu ne veut pas que nos cœurs soient troublés, mais il veut que nous avancions.

Voilà le sens de la fête de la Miséricorde Divine à travers laquelle Dieu nous rappelle par son apôtre de la Miséricorde, Ste Faustine, que nous devons nous laisser immerger dans l’immensité de son cœur miséricordieux. Le fait que cette fête est célébrée après la Pâque signifie davantage que Dieu nous rappelle le sens de la mort et résurrection de son Fils. Cette fête est une autre occasion de prendre acte que nos fautes passées et confessées sont oubliées. C’est en ce sens que l’on peut lire le Curé d’Ars au sujet du sacrement de la réconciliation : « Pour bien cacher ses péchés, il faut bien les confesser. »

Dans la prière de Jésus, nous disons : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardons à ceux qui nous ont offensés. » (Mt 6,12) Cela indique que nous sollicitons le Pardon de Dieu parce que nous faisons de même. Alors, si nous pensons que Pardonner ce n’est pas oublier, demander à Dieu de nous pardonner devient incohérent. Face à des ignominies comme l’Holocauste, les Génocides, etc., on comprend qu’il est difficile de pardonner certaines blessures. Les victimes ont besoin d’être écoutées, de crier leurs incompréhensions et leurs doleurs envers Dieu et envers l’humanité. Elles ont besoin d’une guérison de la mémoire, elles ont besoin de vivre la transformation intérieure qui pourra les mener au véritable Pardon. Alors, « Pardonner ce n’est pas oublier » est défendable ou acceptable du seul point de vue humain, c’est-à-dire lorsque tout se limite aux capacités humaines. Le Pardon chrétien, quant à lui, consiste à oublier à cause de la résurrection. Cela nécessite de demander à Dieu la grâce de vivre cette transformation qui ouvre au Pardon, la grâce de s’abandonner aux motions de l’Esprit-Saint.

Les personnes qui nous ont fait souffrir sont elles-mêmes en souffrance. C’est pourquoi, être miséricordieux envers elles revient à prendre acte qu’elles sont, à travers leurs gestes, dans un état qui mérite de la pitié : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 34) Compatir pour une personne qui nous a offensé est possible, même si cela peut paraître une folie aux yeux du monde. C’est le parvis du véritable Pardon entendu comme l’amour, car il n’y a que l’amour qui puisse vaincre même le plus grand mal. Ainsi, la Miséricorde transforme l’intérieur et ouvre la voie au Pardon qui lorsqu’il est donné et reçu devient une source de joie et de libération parce qu’il est l’Oubli de l’offense.

Léandre.

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[1] Citation du Curé d’Ars.

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